Wisconsin Hobbit House : une étonnante maison enterrée construite en 1972
Quand on parle aujourd’hui de maisons enterrées, de toitures végétalisées ou de maisons Hobbit, on pourrait croire qu’il s’agit d’une nouvelle tendance architecturale.
Pourtant, certaines de ces maisons existent depuis plus d’un demi-siècle.
C’est le cas d’une étonnante habitation située à River Falls, dans le Wisconsin, aux États-Unis.
Construite en 1972, elle disparaît presque entièrement sous la terre et la végétation. Deux grandes façades vitrées en forme d’arche émergent du terrain tandis que plusieurs puits de lumière apparaissent au milieu de l’herbe.
Son surnom actuel ne surprendra personne :
- la Wisconsin Hobbit House.
Mais derrière son apparence de maison sortie de l’univers de Tolkien se cache surtout une véritable expérimentation architecturale.
Et son histoire mérite que l’on s’y attarde.
Une maison enterrée née il y a plus de 50 ans
À l’origine, cette maison porte le nom de Clark-Nelson House.
Elle a été construite en 1972 pour Pat Clark et Emogene Nelson, deux professeurs de l’University of Wisconsin-River Falls. Pour concevoir leur habitation, ils font appel à l’architecte Michael McGuire, installé dans la région de Stillwater.
Le contexte de l’époque est important.
Les années 1970 voient apparaître aux États-Unis un intérêt croissant pour les économies d’énergie et les architectures alternatives (voir les réalisations de l’architecte Michael Reynolds). La crise énergétique va encore accélérer cette réflexion : pourquoi continuer à construire des bâtiments totalement exposés aux variations climatiques alors que la terre elle-même peut contribuer à protéger une habitation ?
C’est précisément le principe retenu ici.
Plutôt que de poser une maison traditionnelle sur le terrain, Michael McGuire imagine une habitation qui s’insère dans la colline et utilise la terre comme enveloppe protectrice.
Plus de cinquante ans après, le résultat reste étonnamment contemporain.
Michael McGuire, un architecte qui aimait expérimenter
Michael Graham McGuire est né en 1928. Après des études notamment à l’University of Minnesota School of Architecture, il s’installe dans la vallée de la St. Croix et ouvre son agence à Stillwater. Il réalisera au cours de sa carrière des maisons, des bâtiments publics et commerciaux ainsi que des projets liés à des environnements naturels. Il est décédé en 2024 à l’âge de 95 ans.
Son architecture était notamment influencée par Frank Lloyd Wright et la Prairie School, mais McGuire développa sa propre manière de travailler avec les sites.
L’une des caractéristiques de son travail consistait justement à chercher à relier bâtiment et paysage. Certaines de ses constructions semblent moins avoir été déposées sur leur terrain qu’en émerger.
La Clark-Nelson House pousse cette logique particulièrement loin :
ici, le paysage passe littéralement par-dessus la maison.
Deux grandes voûtes métalliques sous la terre
C’est probablement la partie qui m’intéresse le plus.
Car derrière l’apparence organique de cette maison se cache un principe constructif finalement assez rationnel.
La structure principale est constituée de deux grandes voûtes métalliques semi-circulaires en acier ondulé, dérivées de systèmes normalement utilisés pour réaliser des ouvrages tels que des passages ou conduits routiers.
Les deux volumes voûtés sont disposés côte à côte et reliés par une zone intermédiaire.
Pourquoi utiliser une voûte ?
Parce que cette forme permet de reprendre efficacement les charges importantes exercées par la terre.
Un article de l’AIA Journal consacré à la maison en 1978 expliquait justement que cette coque mince voûtée avait été choisie parce qu’elle pouvait supporter économiquement la charge du remblai, comparativement à certaines solutions conventionnelles en bois ou en béton.
Voilà un principe que connaissent bien les amateurs de maisons bulles :
la courbe n’est pas seulement esthétique. Elle peut aussi être structurelle.
Des voûtes qui rappellent étrangement Naturadome
Les lecteurs les plus assidus d’Habitat-Bulles auront peut-être eu la même réaction que moi en découvrant la structure de la Wisconsin Hobbit House : ces grandes voûtes métalliques rappellent étonnamment celles utilisées par Naturadome en France.
La ressemblance est particulièrement visible lorsque l’on observe les maisons avant leur finition intérieure. Dans les deux cas, on retrouve une succession de grandes ondulations métalliques formant une voûte capable de créer un vaste volume intérieur avant d’être recouverte et intégrée au terrain.
S’agit-il exactement du même procédé constructif ? Je n’ai trouvé aucun élément permettant de l’affirmer. Et il ne s’agit évidemment pas des mêmes éléments fabriqués au même endroit : la Wisconsin Hobbit House a été construite aux États-Unis en 1972, tandis que Naturadome développe ses maisons en France depuis moins de 10 ans.
Mais la parenté visuelle et constructive est suffisamment frappante pour être soulignée. Elle montre surtout qu’une même idée — utiliser une grande voûte pour créer un espace habitable avant de la protéger par la terre — a pu apparaître sous différentes formes, à différentes époques et dans différents pays.
De la terre jusque sur le toit
Une fois la structure réalisée, l’habitation a été recouverte de terre.
Les sources historiques indiquent une couverture minimale d’environ 15/20 cm au sommet de la voûte.
L’isolation d’origine était assurée par seulement 5 cm de mousse polyuréthane projetée à l’intérieur des coques métalliques. À l’extérieur, plusieurs couches assuraient l’étanchéité avant le remblaiement.
Avec les décennies, la végétation a complètement colonisé la toiture.
Vue de loin, la maison ressemble donc davantage à une ondulation du terrain qu’à un bâtiment.
C’est exactement ce que j’aime dans l’architecture enterrée : au lieu de chercher à dominer le paysage, la maison peut progressivement s’effacer devant lui.
Mais une maison enterrée n'est-elle pas sombre ?
C’est probablement l’une des premières objections que l’on entend lorsque l’on parle d’habitat enterré.
Maison sous terre = maison sombre.
Pourtant, cette maison démontre exactement le contraire.
Les extrémités des voûtes s’ouvrent largement sur l’extérieur grâce à de grandes surfaces vitrées. La maison possède également plusieurs puits de lumière — cinq sont aujourd’hui mentionnés — répartis dans la toiture.
La lumière pénètre donc par les façades mais également directement depuis le ciel.
L’effet intérieur est assez spectaculaire.
Les plafonds courbes blancs réfléchissent la lumière tandis que les ouvertures zénithales créent des ambiances qui évoluent au cours de la journée.
Le site actuel de la maison parle d’ailleurs d’un véritable « kaléidoscope » de lumière.
C’est une idée essentielle pour une maison enterrée :
ce n’est pas la quantité de murs enterrés qui détermine si une maison sera sombre. C’est la manière dont on organise ses ouvertures.
Plus de 200 m² cachés sous la colline
Autre surprise : cette « maison Hobbit » n’a rien d’une tiny house.
Le site officiel annonce aujourd’hui 214 m2 habitables. La maison comprend notamment deux suites avec salles de bains, une cuisine équipée ainsi qu’un grand espace ouvert regroupant séjour et salle à manger.
Depuis l’extérieur, pourtant, une grande partie de cette surface disparaît.
C’est l’un des effets les plus intéressants de l’architecture semi-enterrée :
la surface habitable peut être importante sans que le volume architectural domine nécessairement le paysage.
Les pièces disposent par ailleurs de hauteurs confortables. Lors de la mise en vente de la maison en 2022, l’agent immobilier indiquait des hauteurs intérieures généralement comprises entre 2,50 à 3 mètres.
Nous sommes donc très loin de la petite galerie souterraine dans laquelle il faudrait se déplacer courbé comme un Hobbit.
Une maison naturellement protégée du climat
L’autre intérêt évident est thermique.
La terre constitue une masse importante autour de l’habitation et limite son exposition directe aux conditions extérieures.
Dès 1978, après six années d’occupation, Michael McGuire indiquait que la maison était confortable aussi bien en hiver qu’en été, sans climatisation, et qu’elle ne présentait pas l’ambiance humide que l’on pourrait associer à un sous-sol.
Il faut évidemment replacer ce témoignage dans son époque : cette maison de 1972 n’est pas un bâtiment conçu selon les normes énergétiques actuelles.
Mais le principe physique reste extrêmement intéressant.
Enterrer une partie d’une habitation permet de réduire son exposition aux variations rapides de température extérieure et de bénéficier de l’inertie du sol.
C’est une idée que l’on retrouve aujourd’hui dans de nombreux projets bioclimatiques.
Et évidemment dans mes réflexions autour du GreenPod.
Une maison expérimentale devenue patrimoine
Il y a quelque chose que je trouve assez savoureux dans cette histoire.
En 1972, cette maison devait probablement sembler complètement marginale.
Plus d’un demi-siècle plus tard, elle existe toujours.
Et elle est aujourd’hui recensée dans le Wisconsin Architecture and History Inventory comme exemple d’architecture « earth shelter ». Un document patrimonial récent consacré à ce type d’architecture dans le Wisconsin cite précisément la Clark-Nelson House parmi les rares exemples identifiés dans l’État.
Autrement dit :
- ce qui pouvait passer hier pour une architecture bizarre ou expérimentale devient aujourd’hui un élément du patrimoine architectural.
Voilà qui devrait faire réfléchir.
De maison expérimentale à hébergement insolite
L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais cette maison connaît aujourd’hui une seconde vie particulièrement intéressante.
Elle est désormais exploitée comme location de vacances, sous le nom de Wisconsin Hobbit House.
Le logement accueille actuellement jusqu’à quatre personnes selon son site officiel, avec deux suites, et bénéficie du statut Superhost sur les plateformes de location mentionnées par les propriétaires. Le site présente plus d’une centaine de voyageurs accueillis.
Découvrir le site officiel de la Wisconsin Hobbit House
C’est un point qui m’intéresse évidemment beaucoup.
Une architecture atypique peut devenir en elle-même une expérience touristique.
On ne loue plus seulement deux chambres et une cuisine.
On loue la possibilité de dormir sous la terre, de regarder les étoiles depuis un puits de lumière et de vivre pendant quelques jours dans une architecture que l’on ne rencontre presque jamais.
C’est exactement ce qui peut différencier un hébergement insolite d’une location conventionnelle.
Une architecture qui rejoint étonnamment GreenPod
Lorsque j’ai découvert cette maison, j’ai évidemment retrouvé plusieurs principes qui m’intéressent dans le développement de GreenPod.
Pas parce que GreenPod serait une copie de cette maison — les techniques, les dimensions et les objectifs sont différents — mais parce que les mêmes questions conduisent parfois à des réponses architecturales assez proches.
Comment diminuer l’exposition d’une maison aux conditions climatiques ?
Comment profiter de la stabilité thermique du sol ?
Comment réduire l’impact visuel d’une construction ?
Comment supprimer la toiture traditionnelle ?
Comment faire entrer suffisamment de lumière dans un habitat semi-enterré ?
Comment construire avec des formes capables de reprendre naturellement les charges ?
Et surtout :
pourquoi une maison devrait-elle nécessairement ressembler à toutes les autres maisons ?
Michael McGuire se posait déjà certaines de ces questions il y a plus de cinquante ans.
Et si les maisons du futur étaient parfois celles du passé ?
Cette Wisconsin Hobbit House me plaît pour une raison particulière.
Elle nous rappelle que beaucoup d’idées que nous présentons aujourd’hui comme innovantes ont déjà été expérimentées.
- Maison enterrée.
- Toiture végétalisée.
- Inertie du sol.
- Architecture organique.
- Puits de lumière.
- Intégration paysagère.
- Réduction des besoins énergétiques.
En 1972, Michael McGuire et les propriétaires de cette maison exploraient déjà une autre manière d’habiter.
Cinquante-quatre ans plus tard, alors que nous reparlons de sobriété énergétique, de bioclimatisme, d’intégration dans le paysage et d’habitats plus résilients, cette maison paraît finalement beaucoup moins étrange.
Elle paraît même étonnamment actuelle.
Et peut-être est-ce là la vraie leçon de cette maison Hobbit du Wisconsin :
- pour imaginer l’habitat de demain, nous gagnerions parfois à regarder ce que certains avaient déjà osé construire hier.
Si vous aussi vous souhaitez en savoir plus sur les possibilités des habitats enterrés, téléchargez mes 5 vidéos sur le sujet.
Bonjour chez vous,
Philippe Delage
Créateur du concept GreenPod
