Bloomhouse : l'étonnante maison organique qui semble avoir poussé dans les collines du Texas
Il existe des maisons que l’on regarde.
Et puis il existe des maisons que l’on essaie de comprendre.
La Bloomhouse, cachée dans les collines boisées à l’ouest d’Austin, au Texas, appartient clairement à la seconde catégorie.
Difficile de savoir ce que l’on voit au premier regard. Une maison ? Une sculpture ? Une grotte ? Une créature sortie de terre ?
Ses murs ondulent, les plafonds se prolongent dans les cloisons, les escaliers semblent avoir été modelés à la main et les pièces s’enchaînent sans vraiment obéir aux codes habituels de l’habitation.
Et pourtant, cette architecture qui paraît encore aujourd’hui futuriste a été imaginée il y a plus de cinquante ans.
Son histoire commence au début des années 1970 avec deux hommes : Dalton Bloom et Charles Harker.
Deux hommes décident de construire quelque chose qui n'existe pas
Dalton Bloom veut créer un lieu extraordinaire.
Charles Harker, alors jeune architecte, cherche quant à lui à développer une architecture différente de celle qui l’entoure.
Ils vont donc tenter quelque chose de beaucoup plus radical que simplement dessiner une maison originale.
Ils vont remettre en question la forme même de la maison.
Dans les collines de West Austin, Harker imagine une architecture qui ne cherche plus à imposer sa géométrie à la nature mais à retrouver ses mouvements.
Les courbes évoquent le vent, le mouvement de l’air, les reliefs naturels et même, selon les descriptions données autour du projet, le rythme d’une mélodie. The Bloomhouse
Nous sommes alors au début des années 1970.
Une époque formidable pour l’architecture expérimentale.
Un peu partout dans le monde, des architectes, artistes et autoconstructeurs commencent à remettre en question la maison traditionnelle.
En France, Antti Lovag, Pascal Häusermann ou Joël Unal explorent eux aussi les formes courbes et le béton projeté.
Aux États-Unis, d’autres expérimentent de nouvelles formes, de nouveaux matériaux et une relation différente entre l’habitat et son environnement.
La Bloomhouse appartient pleinement à cette effervescence.
Une maison pensée comme une sculpture habitable
Ce qui frappe immédiatement avec la Bloomhouse, c’est la quasi-disparition de l’angle droit.
Il ne s’agit pas simplement de construire une maison traditionnelle et d’arrondir quelques murs.
L’espace entier devient courbe.
Les murs se transforment en plafonds.
Les plafonds redescendent pour former d’autres espaces.
Les passages s’élargissent puis se resserrent.
Des niches apparaissent naturellement dans les volumes.
Le mobilier lui-même semble parfois sortir de la maison.
Cette continuité change complètement notre perception de l’espace.
Dans un article consacré à la Bloomhouse en 1977, Charles Harker expliquait vouloir retrouver une forme d’harmonie entre l’homme et la nature. Son architecture devait provoquer à la fois un sentiment de paix et une stimulation des sens. USModernist
La maison n’est donc plus simplement une enveloppe contenant des pièces.
Elle devient une expérience.
Une construction tout aussi étonnante que sa forme
Pour réaliser une architecture pareille, les techniques traditionnelles étaient évidemment difficiles à utiliser.
La Bloomhouse repose donc sur une méthode expérimentale.
Les volumes de base sont constitués d’armatures métalliques.
Sur cette ossature sont appliquées des couches de mousse de polyuréthane.
Et c’est là que l’histoire devient assez incroyable.
Cette mousse a ensuite été sculptée à la main pendant environ sept mois, notamment à l’aide d’une scie d’élagage, afin d’obtenir progressivement les formes souhaitées.
L’ensemble a finalement reçu des couches de stuc à base de ciment à l’intérieur comme à l’extérieur. The Bloomhouse
Autrement dit, on ne construisait plus simplement des murs suivant un plan.
On sculptait littéralement la maison.
Cette technique permettait également d’obtenir une enveloppe fortement isolée grâce à l’importante présence de mousse de polyuréthane.
Onze années pour construire une maison
Cette liberté architecturale avait cependant un prix.
Pas uniquement financier.
Le chantier de la Bloomhouse s’est étalé sur onze années.
La construction commence au début des années 1970 — les sources donnent 1973 ou 1974 selon qu’elles parlent du démarrage du projet ou de la construction effective — et se poursuit progressivement pendant plus d’une décennie. ColdwellBankerHomes.com
Pourquoi autant de temps ?
Parce que pratiquement tout devait être inventé, expérimenté ou fabriqué spécialement (ça ne vous rappelle rien ?).
Une source immobilière de 2017 indique également que le projet avançait avec un financement en espèces, un prêt immobilier conventionnel n’étant pas disponible pour une maison considérée comme une sculpture (la même chose qu’en France). Le chantier progressait donc par étapes.
Voilà quelque chose que les photographies finales ne racontent pas.
Nous voyons aujourd’hui une extraordinaire maison organique.
Mais derrière chaque courbe se cachent des heures de travail.
Et derrière chaque détail unique se cache souvent une solution qu’il a fallu inventer.
Même le mobilier doit suivre la maison
Une architecture organique pose également une autre question :
Que faire du mobilier rectangulaire dans une maison qui ne l’est plus ?
La Bloomhouse apporte une réponse particulièrement intéressante.
Une partie des étagères, placards et éléments en bois a été réalisée spécifiquement pour suivre les formes de l’architecture. Le bois de cerisier vient ainsi souligner les courbes intérieures.
Les plafonds utilisent également des fibres naturelles recyclées absorbant le son, tandis que des carreaux artisanaux en béton et en céramique ont été conçus pour évoquer des sections de bois. The Bloomhouse
La maison et son aménagement ne sont donc plus deux choses totalement indépendantes.
Ils forment un ensemble.
C’est un principe que l’on retrouve d’ailleurs dans de nombreuses maisons organiques : lorsque l’architecture devient très particulière, le mobilier doit lui aussi être pensé comme une partie de l’architecture.
Une maison qui raconte presque une histoire
Mais il existe une dimension de la Bloomhouse que je trouve encore plus intéressante.
Charles Harker ne voulait apparemment pas seulement créer de belles courbes, il voulait provoquer quelque chose chez celui qui découvre la maison.
Un article de 1977 décrit ainsi l’arrivée vers la Bloomhouse comme la découverte progressive d’une habitation de conte de fées : on avance sur un chemin sinueux au milieu des bois avant de tomber presque par hasard sur cette étrange construction.
La maison se dévoile donc progressivement.
Avant même d’entrer, l’architecture a déjà commencé à raconter une histoire.
C’est peut-être une des grandes différences entre une architecture purement fonctionnelle et une architecture organique.
La première cherche principalement à répondre à nos besoins.
La seconde peut également chercher à provoquer une émotion.
Une œuvre qui finit pourtant par vieillir
Mais une maison, aussi extraordinaire soit-elle, reste une construction exposée au temps.
Après plusieurs décennies, la Bloomhouse commence à se dégrader.
Lorsque Dave et Susan Claunch l’achètent en 2017, ils entreprennent une importante restauration afin de préserver son caractère original tout en lui apportant le confort nécessaire à une utilisation contemporaine. Le site officiel situe cette restauration en 2017 et 2018.
Ce chantier pose un problème assez particulier.
Comment restaurer une maison dans laquelle pratiquement rien n’est standard ?
Une fissure, une fuite, un escalier ou un équipement technique peuvent nécessiter une solution spécifique.
Dave Claunch expliquera d’ailleurs que pratiquement chaque problème rencontré dans la Bloomhouse nécessitait sa propre réponse.
C’est à la fois la force et la faiblesse d’une architecture totalement unique.
Une maison des années 1970 devenue hébergement atypique
Et voici peut-être l’un des aspects les plus étonnants de son histoire.
Après avoir été une expérimentation architecturale, puis une maison vieillissante nécessitant une restauration importante, la Bloomhouse connaît aujourd’hui une nouvelle vie.
On peut y séjourner.
Elle est proposée à la location pour des séjours de courte ou plus longue durée.
Et finalement, cela paraît presque évident.
Lorsque nous louons une maison pour quelques jours de vacances, nous ne recherchons pas nécessairement la même chose que lorsque nous achetons notre résidence principale.
Nous pouvons justement vouloir vivre quelque chose de différent.
Dormir dans une maison qui ne ressemble à aucune autre.
Découvrir des espaces inhabituels.
Prendre des photos.
Et surtout avoir quelque chose à raconter en rentrant chez soi.
Une architecture expérimentale imaginée dans les années 1970 trouve ainsi, plus de cinquante ans plus tard, une nouvelle fonction particulièrement adaptée à son caractère exceptionnel.
La Bloomhouse et GreenPod : deux démarches très différentes, mais une même question
Évidemment, je ne cherche pas à reproduire la Bloomhouse avec GreenPod.
Les objectifs sont même très différents.
La Bloomhouse pousse extrêmement loin la liberté de la forme et la dimension sculpturale de l’architecture.
GreenPod cherche au contraire à simplifier.
Petite surface.
Forme répétable.
Construction compréhensible.
Orientation bioclimatique.
Maison semi-enterrée.
Toiture végétalisée.
Et surtout possibilité pour son propriétaire de participer fortement à sa construction.
Mais l’histoire de la Bloomhouse me renvoie directement à une réflexion née de mon propre chantier.
J’ai découvert avec les maisons bulles qu’il était possible de construire avec relativement peu de matériaux.
Mais j’ai également découvert que ce que l’on économise en matériaux peut très vite être dépensé en temps et en main-d’œuvre.
La Bloomhouse en est une magnifique illustration : une maison extraordinaire, mais onze années de construction.
Cela m’amène toujours à la même question :
Comment conserver une partie de cette liberté architecturale tout en rendant la construction beaucoup plus simple ?
C’est précisément l’une des réflexions qui m’ont conduit à GreenPod.
Si une petite maison peut coûter trois ou quatre fois moins cher en matériaux, mais qu’une architecture trop complexe demande trois ou quatre fois plus de travail, alors il faut peut-être changer encore une fois notre manière de réfléchir.
Construire petit.
Construire simple.
Et construire, autant que possible, soi-même.
Plus de cinquante ans après, la Bloomhouse continue de poser la bonne question
Je trouve finalement que la Bloomhouse est bien plus intéressante aujourd’hui qu’une simple curiosité architecturale des années 1970.
Elle nous rappelle qu’une maison n’est pas obligatoirement une boîte posée sur un terrain.
Elle peut suivre d’autres formes.
Elle peut dialoguer avec la nature.
Elle peut provoquer des émotions.
Elle peut même devenir une œuvre que l’on visite ou dans laquelle on vient passer quelques jours simplement pour vivre une expérience différente.
Mais elle nous rappelle également quelque chose d’essentiel :
la liberté architecturale a un coût lorsqu’elle entraîne trop de complexité.
Plus de cinquante ans après les premières expérimentations de Charles Harker et Dalton Bloom, la question reste donc étonnamment actuelle :
Comment construire des maisons différentes, plus humaines et plus proches de la nature… tout en les rendant suffisamment simples et accessibles pour que nous puissions réellement les construire ?
C’est cette question qui continue de m’intéresser.
Et c’est aussi, à mon échelle, celle à laquelle j’essaie aujourd’hui de répondre avec GreenPod.
Bonjour chez vous !
Philippe Delage
Créateur du concept GreenPod
